Patrons du public
Bernard Debré, urologue, député UMP de Paris : « Je trouve qu'on entre dans une société beaucoup trop administrée. Qu'un patron d'une entreprise, même à participation publique, gagne beaucoup quand l'entreprise gagne énormément, et qu'il y a une bonne répartition – vous savez que je suis gaulliste, et que je suis pour la participation – quand un patron réussit très bien, après tout qu'il gagne bien sa vie, que la répartition soit bien faite, pourquoi pas. Si l'entreprise se casse la figure, je trouve qu'il n'ait pas admissible qu'il ait quoi que ce soit. »
Axel Kahn, généticien, candidat PS aux législatives à Paris : « L'excès de l'écart des salaires pose une question fondamentale au niveau des symboles, mais plus encore. Chacun sait que la situation de la France est compliquée, et chacun sait que, pour arriver à bâtir autre chose, il faudra pour chacun consentir des efforts. Peut-être des sacrifices. De ce point de vue, il y a des écarts de salaire qui, pour les gens les moins favorisés, sont insupportables. C'est puissamment démobilisateur. Un rapport de 1 à 20 pour les responsables et les emplois des entreprises publiques, ça fait par conséquent de 1200€ à peu près à 24 000€ par mois. 24 000€ par mois, ce sont des très bons salaires, qui permettent de bien vivre, de montrer qu'on a du talent, que l'on a fait de grandes études, qu'on a bien dirigé son entreprise. »
B.D. : « Je ne suis pas tout à fait d'accord, parce que je pense que les signaux qui ont été donnés, les signaux volontairement donnés par François Hollande, c'est de dire : je suis contre les gens qui gagnent de l'argent. 75% d'impôts pour ceux qui gagnent plus d'1 million, évidemment ce sont des chiffres que je ne connais pas, que ne connaîtrai jamais mais, après tout, on limiter de 1 à 20, et les ministres vont diminuer les salaires de 10%, 20% ou 30%. Ce n'est pas comme ça qu'on peut laisser les gens s'épanouir. Je suis d'accord qu'il y ait des excès, mais je ne suis pas d'accord pour qu'on entre dans une économie planifiée. »
Déserts médicaux
A.K. : « On ne peut pas supporter les déserts médicaux. C'est simplement un devoir régalien. Une première mesure, mais je ne crois pas que ça suffira, c'est de faciliter l'installation partout des maisons de santé avec des médecins libéraux qui peuvent couvrir le territoire. Deuxièmement, vous savez que les études de médecine sont largement gratuites. Qu'on demande aux médecins à un moment donné de participer à cela ne me semble pas quelque chose d'illogique. »
B.D. : « Moi je suis totalement défavorable à l'obligation [pour les jeunes médecins de s'installer dans des zones peu couvertes], pour plusieurs raisons. On ne peut pas obliger un jeune médecin qui s'installe en lui disant : « Tu vas aller là ». (…) Ca ne veut rien dire. Par contre, je suis d'accord avec ce que dit Axel Kahn, je trouve qu'il faut donner des bourses. Et quand on donne des bourses avec un salaire étudiant éventuellement, on dit : « On vous donne une bourse, mais vous vous engagez ». »
Hôpital public
B.D. : « Il faut donner à l'hôpital les moyens de recevoir plus de personnes. Actuellement, les urgences sont encombrées, il faut des maisons médicales pour faire le tri auparavant. Qu'il y ait plus de personnel, un meilleur plateau technique, et plus de consultations publiques. »
A.K. : « Pour l'hôpital public, un des problèmes majeurs, c'est qu'on a mis l'hôpital public dans l'obligation d'être en concurrence, dans la vente d'une marchandise particulière qui est l'activité médicale tarifée, avec des établissements privés et on regarde quel est le niveau de concurrence alors même que les obligations de l'hôpital public ne peuvent pas lui permettre d'être compétitif. (…) Il faut qu'il y ait une très bonne gestion, c'est sûr, mais de l'autre côté, il faut donner à l'hôpital public les moyens de vivre. »
Propos recueillis par Matthieu Aron, Luc Bronner et Périnne Tarneaud