Les habitants leur jettent des regards bienveillants ou excédés. Les militants de l'urologue Bernard Debré, le député sortant du XVIe investi par l'UMP, et ceux de Brigitte Kuster, la maire du XVIIe, UMP mais candidate dissidente, se croisent, tracts à la main, rue Poncelet, dans le quartier des Ternes. "Je n'y comprends rien", confesse Arlette, une retraitée, en empochant les tracts qu'on lui tend. Une confusion accentuée par la présence de la moitié des élus de la majorité municipale du XVIIe dans l'équipe de Bernard Debré...
A cheval sur l'arrondissement bourgeois du XVIe (Maillot, porte Dauphine) et le XVIIe huppé (Monceau, Ternes), cette nouvelle circonscription, qui a voté à plus de 75% pour Nicolas Sarkozy au 2nd tour de la présidentielle, est le théâtre d'une guerre fratricide à droite. Les circonscriptions de Bernard Debré, 67 ans, élu dans le XVIe, fils de Michel Debré et frère de Jean-Louis Debré, président du Conseil constitutionnel, et de Françoise de Panafieu, députée du XVIIe, ont fusionné à l'occasion du redécoupage électoral de 2010.
Un siège pour deux candidats. Qu'à cela ne tienne... les sortants avaient décidé de s'affronter. Mais, en novembre, Françoise de Panafieu, l'ex-candidate UMP à la mairie de Paris en 2008, a jeté l'éponge et demandé à Brigitte Kuster, 53 ans, de livrer bataille à sa place contre le ténor de la droite. Celle-ci a accepté de relever le défi et renoncé à croiser le fer avec la députée PS sortante Annick Lepetit dans l'autre circonscription, englobant les quartiers plus populaires du XVIIe-Nord et mordant légèrement sur le XVIIIe, où elle était candidate en 2007. "Je suis la maire de tout l'arrondissement, justifie Kuster en soulignant que plus des deux tiers de la nouvelle circonscription sont dans cet arrondissement." Elle a reçu le soutien de celles, à commencer par Rachida Dati, qui estiment que l'UMP n'a pas fait la part belle aux femmes pour ces législatives. "Je suis le député sortant et c'est moi que l'UMP a investi", rétorque de son côté Bernard Debré.
Aux Ternes, les avis sont partagés. "Brigitte Kuster a raison de s'être maintenue au nom de la parité et du renouvellement de la classe politique. Et c'est un bon maire", confie Marie-Caroline, 58 ans. Un avis que ne partage pas Karine, 37 ans. "Kuster pouvait espérer une victoire dans le Nord. Mais elle a choisi d'affronter Debré. Elle va se brûler les ailes." L'enjeu est en effet crucial pour Brigitte Kuster, en congé de l'UMP. Si elle perd cette bataille, elle hypothèque sérieusement ses chances de conserver sa mairie en 2014. Pis, la situation pourrait profiter au PS, en embuscade. La candidate socialiste Agnès Pannier se frotte les mains. Elle espère bien tirer "des bénéfices colatéraux" de cette guerre...
Christine HENRY