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Indésirable burqa
Article crée le 02.09.2009 à 09h00
Le président de la République l’a proclamé haut et fort lors de son discours solennel devant le Congrès réuni le 22 juin dernier à Versailles : « la burqa n’est pas la bienvenue en France ». Cette phrase courageuse et forte doit rapidement se traduire dans les faits. Il faut désormais une loi pour attester de notre détermination. Car la burqa (ou le niqab) est doublement infamante. Pour celles dont elle nie objectivement la liberté et, du même mouvement, l’existence sociale. Et pour tous ceux, hommes ou femmes, qui viennent à croiser le chemin d’une personne voilée.

Pour la femme cachée, enfermée dans une prison de toile, avec, pour toute ouverture sur le monde, un grillage, l’aliénation est évidente. Où est sa liberté, où est sa dignité, où est l’égalité entre les sexes, inscrite dans notre Constitution, loi suprême s’appliquant à quiconque a choisi de séjourner sur notre sol ? Dans un certain nombre de cas, nous dit-on, la femme a choisi cette prison. Respectons son désir, respectons sa religion. Ainsi, par exemple, de l’Afghanistan. Mais nous ne sommes pas en Afghanistan ! Nous sommes dans un pays, la France, dont la culture dominante, qu’elle soit d’origine judéo-chrétienne ou purement laïque, n’implique pas que la femme ait un statut inférieur à l’homme.

Et même en Afghanistan, que d’hypocrisies concernant cette soi-disant liberté de conscience qu’exprimerait la burqa ! J’ai vécu à Kaboul, les premiers temps de l’opération lancée contre les talibans. La peur s’évanouissant, les femmes arrachaient leurs voiles, abandonnaient leurs burqas.
Puis, à mesure que les talibans reprenaient de l’influence, s’infiltrant jusqu’au coeur de Kaboul, j’ai assisté, au fil de mes voyages ultérieurs, au phénomène exactement inverse: avec le retour de la peur et l’angoisse des représailles, la burqa redevenait la règle, la liberté se retirant comme la mer.

Où était le libre arbitre ? Où était le choix librement consenti de porter ou de ne pas porter le voile? Il n’était plus question de religion, seulement de rapport de force et, en l’espèce, d’oppression.

Ne laissons pas cette terreur s’installer en France. Légiférer sur le port de la burqa n’est d’ailleurs pas bien compliqué. Il existe, chez nous, des lois ou même des arretttés municipaux qui réglementent l’habillement. Ainsi, estil interdit de se promener nu dans la rue, voire en maillot de bain dans certaines agglomérations ou lieux publics. Une loi interdisant le port de la burqa ne serait donc pas une innovation législative. Il appartient à la commission parlementaire saisie du problème de faire preuve de courage: face au fanatisme, tout atermoiement vaut faiblesse.

Car la burqa n’est pas seulement une injure faite à la femme. Elle agresse tous ceux qui côtoient dans la rue une femme ainsi accoutrée. Pour tous, le message est clair: «Vous, les hommes, êtes tous des impurs, pour ne pas dire des obsédés sexuels. Et vous, les femmes, qui ne portez pas la burqa, êtes des créatures dévoyées, des prostituées en puissance. »

Humiliation de la femme, humiliation de ceux qui la côtoient: ces deux arguments sont, en soi, suffisants pour légiférer. Celui, non négligeable, de la sécurité publique, milite aussi pour la fermeté. Sait-on, après tout, qui se cache derrière une burqa ? Une femme ou un terroriste masqué ? À l’heure où les caméras de surveillance sont de plus en plus demandées par les citoyens pour assurer la tranquillité des villes et où une loi proscrit, à juste titre, le port des cagoules dans les manifestations, il est temps de s’interroger sur cet aspect du problème. Et ne parlons même pas des contrôles d’identité !

En France, nous dit-on, il n’y aurait que 300 à 400 femmes qui osent porter la burqa. Raison de plus pour rapidement prendre une loi. Car si nous ne réagissons pas, deux phénomènes surgiront : le nombre de femmes complètement voilées augmentera et nous nous retrouverons dans quelques années avec des dizaines de milliers, voire des centaines de milliers de femmes dissimulées. Et les musulmanes modernes, intégrées, seront les premières à subir les pressions des intégristes. Elles réagiront comme celles d’Afghanistan sous la pression des talibans. À Paris même, combien de musulmanes m’ont tenu ce langage: « Vite, faites une loi pour nous protéger des extrémistes. Nous avons besoin que le droit soit avec nous pour leur résister ! »

Comment ne pas voir, au reste, que l’intérêt de ces femmes musulmanes rejoint celui de la République tout entière ? Oui, il est urgent de légiférer pour interdire qu’une interprétation extrémiste de l’Islam vienne s’imposer chez nous.

Bernard Debré
Ancien mimistre
Député de Paris
 
4 réactions à l'article
l 16.05.11 à 01h51, nain connu a répondu :
Quelle est votre position concernant d'autres "vices" gérés par l'Etat tels que le tabac et l'alcool?
En quoi vos arguments sont-ils tenables face à ce constat : oui l'Etat tolère certains vices.
Finalement c'est quoi la limite? La nocivité? les troubles sociaux? le manque à gagner de l'Etat?
 
 
 
l 13.03.10 à 05h10, thomas a répondu :
légiférer serait une erreur dans le sens où cette loi risque d'être inapplicable, imaginons un instant un agent de la paix enlevant de force un voile intégrale à une femme... la récupération politique d'une telle situation tant locale que mondiale serait catastrophique, non?
non au voile intégrale est-ce aussi une façon de dire oui au voile tout court?
 
 
 
l 02.03.10 à 08h40, japima a répondu :
NON, au port de la burqua en dehors de chez soi. C'est une agression ^permanente
NOUS, laïque d'abord, sait-on qui se cache "dessous".. je serai toujours "contre"
quand je pense aux différents contrôles d'identité auxquels nous avons droit;...
"est-ce bien vous" ? oui, j'ai vieilli...etc....où habitez-vous ? que faîtes-vous ?
au risque d'aller au poste de police en garde à vus "outrages à agent... j'en passe
merci d'avoir poser cette question
 
 
 
l 01.03.10 à 07h27, Jean-François Demange a répondu :
Monsieur le Député,

Votre langage est celui de la raison.

Oui, il faut légiférer dans ce sens, pour commencer à mettre un frein aux dérives qui nous menacent. Tout laxisme de notre part sera traduit en termes de faiblesse ; il en va de notre civilisation.

Merci, Monsieur Debré.

JFD.

 
 
 
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