France-Soir : Le gouvernement Ayrault vient d'être dévoilé, qu'en pensez-vous ?
Bernard Debré : Déjà, dans ce gouvernement, il y a beaucoup de monde: 34 ministres. Ce qui fait beaucoup. D'autre part, il y a le mélange de l'eau et du feu. Il y a un Pierre Moscovici, plutôt libéral. Et il y a un Arnaud Montebourg plutôt à gauche. Cécile Duflot n'est évidemment pas à l'Ecologie mais à l'Egalité des territoires et au Logement, une dénomination un peu baroque. Ce gouvernement est nombreux, à parité, bien sûr, mais avec un alliage de personnalités antagonistes. Il n'y a pas de ministre Front de gauche. C'est un gouvernement qui sera remanié après les législatives. D'ailleurs, c'est un gouvernement fait pour les législatives.
F.-S. Deux écologistes (Cécile Duflot et Pascal Canfin, ministre délégué au Développement) sont entrés au gouvernement. Quel est votre avis sur cette ouverture ?
B.D. Deux Verts, c'est le prix à payer pour les accords passés. Mais ils ne sont pas à l'Ecologie. Cela aurait été trop dangereux. On ne sait pas très bien ce que cela veut dire. Il y a des forces contraires de décentralisation et de recentralisation dans cette équipe. Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif, c'est la recentralisation. Et en même temps, Cécile Duflot, à l'Egalité des territoires, c'est la décentralisation. Est-ce que cela pourra tenir ? Il y a visiblement des antagonismes. On l'a vu avec Martine Aubry. On verra au fur et à mesure que les problèmes se présenteront. Et il y en aura beaucoup!
Martine Aubry "a fait sa diva"
F.-S. Que pensez-vous justement de l'absence de Martine Aubry dans le nouveau gouvernement ?
B.D. Je pense que Martine Aubry voulait être soit Premier ministre soit rien du tout. C'est le signe que François Hollande ne voulait pas qu'elle effarouche les gens. Avec elle à Matignon, il aurait été dans une situation difficile. Jean-Marc Ayrault est bien plus malléable. Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ? Elle a fait sa diva.
F.-S. Dès la nomination d'Arnaud Montebourg, sa compagne Audray Pulvar a annoncé qu'elle arrêtait son émission sur France Inter. Est-ce une bonne chose ?
B.D. C'est tout à fait normal. Tout à fait naturel. On ne peut pas avoir un Montebourg ministre avec sa femme journaliste dans une radio d'Etat. Soit c'est l'un qui renonce, soit c'est l'autre. Mais on ne peut pas faire les deux. Il n'y a que Bernard Kouchner qui avait pu le faire (son épouse Christine Ockrent dirigeait France 24, NDLR) et c'était déjà très anormal.
Propos recueillis par Chloé Demoulin