Propos recueillis par Anna CABANA
Comment la droite doit-elle se reconstruire ? La semaine dernière, Le Point a ouvert le débat en donnant la parole à Bruno Le Maire. Notre deuxième invité, le parlementaire et ancien ministre Bernard Debré, est connu pour sa liberté de parole souvent décapante. Fils de l'ancien Premier ministre Michel Debré, frère jumeau du président du Conseil constitutionnel Jean-Louis Debré, le célèbre chirurgien est candidat à sa réélection dans la 4e circonscription de Paris.
Le Point : A droite, la guerre des chefs fait rage. N'est-ce pas prématuré ?
Bernard Debré : Il ne faut pas, jusqu'au 17 juin, second tour des législatives, se positionner en fonction de ses ambitions personnelles ultérieures - que ce soit la présidence de l'UMP, la mairie de Paris ou la présidentielle de 2017. Je ne comprends pas l'attitude d'Alain Juppé, qui s'est mis au niveau le plus bas de la discussion et de la dialectique en se prétendant le "plus capé". Il a utilisé des mots de gamin alors que, de sa part, on était en droit d'attendre un peu de hauteur de vue. D'autant plus qu'il y avait un accord entre François Fillon et Jean-François Copé pour lui offrir la présidence temporaire de l'UMP entre le lendemain des législatives et le congrès de novembre. Juppé aurait donc organisé les élections internes. Il avait un rôle extraordinaire de sage à jouer. Il a tout gâché.
Sur le fond, quelle ligne défendez-vous ?
C'est bien d'être une auberge espagnole, mais il faut que l'UMP solidifie sa colonne vertébrale. D'un point de vue économique et social, d'abord. Il faut revenir à une forme modernisée de gaullisme social. La participation aurait été une des solutions majeures au malaise social ressenti par les ouvriers et les classes moyennes. Mettons en avant la valeur travail et arrêtons l'assistanat permanent : la prime de rentrée scolaire, la prime de Noël, c'est dément. En outre, il faut une immense révision de la politique de santé. Prenons l'exemple des médicaments : je suis en train de finir d'écrire un livre à ce sujet, qui sortira en septembre. Il y a entre 10 et 14 milliards d'économies à réaliser. Les laboratoires pharmaceutiques sont aux mains des fonds de pension et exigent une rentabilité de plus de 10 à 15 % par an. C'est indécent ! 20 à 30 % des médicaments ne servent à rien et, en France, les génériques ne sont pas assez prescrits ; et les médecins ont tendance à trop prescrire.
Bien évidemment, il faut s'attaquer à la question des valeurs morales, à travers la famille et l'école. On la laissé tomber les familles. De même, l'école de la République a failli depuis quinze ans. Aujourd'hui, avec la mainmise sur l'école de l'idéologie gauchisante, on n'enseigne plus rien, même plus l'histoire de France !
Ensuite, il faut réviser notre politique étrangère. En Europe, nous avons laissé les eurocrates exercer une prééminence sur les politiques. Contrairement aux apôtres du gaullisme historique, je plaide pour une certaine supranationalité, mais au niveau des ministres, pas des commissaires européens, qui sont irresponsables et souvent incapables de s'extraire de leur propre nationalité ! Au-delà de l'Europe, nous ne devons pas dépendre des Etats-Unis. Il font la guerre partout, c'est de la politique spectacle. Il ne faut pas nous laisser entraîner dans leur bellicisme exacerbé. C'est ce que j'ai reproché à Nicolas Sarkozy. Par ailleurs, nous avons totalement perdu l'Afrique : ce n'est plus la "Françafrique", c'est la "Chinafrique", et c'est regrettable. Quant à la francophonie, on l'a, bien à tort, abandonnée. Voilà la refondation que j'appelle de mes voeux.
Lui voyez-vous un visage, à cette refondation ?
Je n'en sais rien. A mon avis, Bruno Le Maire et Laurent Wauquiez n'ont pas assez d'expérience. J'aimerais entendre Jean-François Copé, François Fillon, Alain Juppé, Valérie Pécresse, éventuellement Nathalie Kosciusko-Morizet sur le fond. On sait que Copé est plus droitier et dirigiste ; que Pécresse et NKM sont plus souples car elles n'ont pas encore véritablement développé d'idéologie ; que Fillon est plus modéré. Mais il a tendance à se laisser porter par les évènements.
On vous croyait supporter de François Fillon...
C'est un ami. Mais je lui ai dit : "Je fais ta campagne législative à Paris, et on verra pour le reste." Je mets beaucoup d'espoir sur les deux femmes. Surtout Valérie Pécresse.
Nicolas Sarkozy peut-il revenir ?
On ne peut jamais préjuger de l'avenir mais les loups auront déjà pris sa place.