Certains qui veulent faire des alliances nous reprochent notre pusillanimité. Le Front national a changé, disent-ils. Le père était infréquentable, la fille l’est devenue.
A gauche, bien sûr, le Front national demeure un épouvantail brandi pour se donner bonne conscience tandis que les socialistes forment des alliances serrées avec les écologistes et, pire encore, le Front de gauche qui contient en son sein des communistes dont la réputation n’est plus à faire.
Peut-on dire aujourd’hui que les communistes ont changé ? Que Staline est mort et que Poutine n’a plus rien d’un communiste « pur jus » ? Certes ! Cela dit, la valse des présidents en Russie n’est pas non plus d’une grande démocratie. Mais il y a d’autres exemples communistes à travers le monde sans parler de la Corée du Nord, de Cuba etc. On naît communiste, on reste communiste.
Bien entendu, la gauche veut toujours brandir le spectre du fascisme, mais ne tardera pas à mettre en place le scrutin proportionnel justement pour faire entrer le FN à l’Assemblée nationale. Drôle d’idéologie ! La gauche a le droit de tout faire, nous rien !
Faut-il pour autant faire alliance avec le Front national ? Je ne le pense pas car l'objectif de ce dernier est bien de détruire la droite classique, c'est-à-dire l’UMP. La moindre tentative de rapprochement officiel serait pour nous suicidaire. Outre le fait que la doctrine du Front national ne cadre pas avec celle plus libérale, plus consensuelle, plus républicaine de l’UMP et de ses alliés.
Par contre, rien ne nous interdit de faire en sorte que notre programme puisse « aspirer » les voix du Front national, comme Nicolas Sarkozy l’avait fait en 2007. Il est vrai que les grands sujets existent. Ils peuvent être traités par la droite, par la gauche, par les extrêmes, mais ils existent : l’immigration, l’intégration, la sécurité, l’Europe des nations plus qu’une Europe fédérale.
Ces sujets sont éminemment gaullistes, pour ne pas dire gaulliens. Le Général en sont temps les avait abordés, Pompidou également, mais la gauche aussi. S’ils sont tant problématiques aujourd’hui, c’est parce que nous ne les avions pas traités depuis de nombreuses années et que la gauche, lorsqu'on le faisait, nous traitait de fasciste.
Elle-même n’a pas osé les aborder en raison de sa sensibilité tiers-mondiste et des difficultés qu'elle éprouve avec le concept de nation. Je ne dis pas qu'elle est anti-nationale, mais la gauche est plutôt supranationale que nationale. A-t-on vu à la Bastille des drapeaux français ? Il y en avait si peu qu’on ne les remarquait même pas !
Par la force des choses, droite ou gauche, nous devrons nous saisir de ces problèmes graves sans tabou, avec détermination, sans excès et le Front national, à ce moment là, n’existera que peu ou pas puisqu’il n’aura que sa doctrine économique qui est, tout le monde le sait, d’une faiblesse extrême et d’une totale improvisation.
Pour les élections à venir, sachons parler ; parler au peuple, parler aux citoyens, parler de leurs problèmes, parler de nos problèmes sans nous préoccuper des alliances possibles.
Regardons simplement l’exemple des socialistes (exemple déplorable) lorsqu’ils ont passé des alliances inconvenantes avec Europe Écologie Les Verts. Ils se trouvent maintenant « Grosjean comme devant », Eva Joly n’ayant fait que 2,3 % des voix. C’est cher payé la centrale nucléaire ou un poste de député. Comme si d’ailleurs une centrale et des sièges de députés pouvaient se monnayer en vue d'une alliance.
Ne jouons pas à ce jeu là. Regardons les Français dans les yeux. Ayons une doctrine réelle, forte et tout ira bien.
Pr. Bernard DEBRÉ
Ancien Ministre
Député de Paris