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Lettre ouverte à Monsieur Moncef Marzouki, Président de la République de Tunisie
Société | Ajouté le 02.01.2012 à 15H11
Monsieur le Président,

Nous avons eu le devoir et je dirai la joie de vous accueillir dans notre pays pendant que vous n’étiez pas « persona grata » dans le vôtre. Vous avez été interne des hôpitaux puis chef de clinique. à la Faculté de Strasbourg. La France, c'était votre choix, vous a permis d'être un grand médecin. Il est vrai que, pendant longtemps, la Tunisie a été dirigée par un potentat qui s’est largement servi sur les deniers de l’État. Il est vrai qu’il n’y avait pas de liberté en Tunisie. Le système policier était hypertrophié, les gens sur écoute, l’opposition muselée.

Vous avez pu, de la France, mener votre combat. J’imagine que vous avez pu regarder autour de vous dans notre pays ce qui se passait. Liberté religieuse aussi bien pour les catholiques, les juifs que les musulmans. Vous avez vu la tolérance qui régnait chez nous, État laïque acceptant toutes les religions à partir du moment où elles ne sont ni agressives, ni vindicatives, ni totalitaires. Nous avons des milliers de musulmans en France.

Certes, quand le printemps arabe s’est développé en Tunisie, nous avons commis quelques erreurs. Du moins, la Ministre des Affaires étrangères a hésité et n’a pas vu la profondeur de ce mouvement, de cette aspiration à la liberté. A part elle, la totalité des Français était derrière le peuple tunisien pour son émancipation.

Voici maintenant que le système démocratique a été mis en place. Mais quelle ne fut pas ma surprise, Monsieur le Président, de vous entendre parler de colonialisme en évoquant l’action des Français comme si les maux qui traversaient la Tunisie étaient dus à l’attitude des Français une cinquantaine d'années auparavant, comme si le président Bourguiba, puis son successeur, le Président Ben Ali, étaient des « fantoches », pilotés par la France.

J’ai trouvé, mais beaucoup de mes concitoyens ont également la même opinion, qu’il était un peu trop facile de votre part d’accuser les Français, ficelles souvent utilisées pour minimiser les problèmes intérieurs et focaliser l’attention de vos concitoyens sur autre chose !

Mais là où véritablement la coupe est pleine, c’est quand, il y a quelques jours, vous avez dit aux Français de stopper leur islamophobie ! De quoi voulez-vous parler Monsieur le Président ? La France serait islamophobe alors que les mosquées se multiplient, l’État laïc, garantissant par là, la liberté de culte, alors que dans votre pays, une poussée de l’islamisme conduit les femmes à rentrer dans leur foyer, imposer progressivement la Burqa et, peut-être, prendre le coran, telle la Libye, comme base politique.

J’espère de tout mon cœur que la Tunisie n’évoluera pas vers ce système pour tomber dans un autre totalitarisme. Monsieur le Président, je dirais la même chose à propos de tous les intégrismes. Les pays auraient tout intérêt à disposer d'une législation laïque plutôt que de dépendre d’une seule religion pour leurs lois.

Monsieur le Président, que deviennent les chrétiens dans les pays arabes ? Ne voyez-vous pas qu’ils sont massacrés, leurs églises brûlées et que beaucoup sont forcés d’immigrer ? Alors, il est indispensable de surveiller vos propos !

La France - terre d’asile n’est pas une vaine expression. La Tunisie s’est libérée du carcan du totalitarisme mais comprenez bien qu’il ne faudrait pas qu’elle tombe de nouveau dans l’obscurité ou l’obscurantisme.


Pr. Bernard DEBRÉ
Ancien Ministre
Député de Paris
 
13 réactions à l'article
le 04.02.12 à 08h14, Camus Bouhnik a répondu :
Daprès les médias et les journaux, Le Président Moincef Marzouki aurait lancé un appel aux Juifs ressortissants de Tunise de revenir au pays en tant que citoyens égaux aux yeux de la loi.
Voir mon article dans Kapitalis et merci :

http://www.kapitalis.com/afkar/68-tribune/7770-les-juifs-tunisiens-ne-reviendront-pas-en-tunisie.html
 
 
 
le 03.01.12 à 08h46, Ahmed a répondu :
Malgré quelques approximations sur la comparaison entre le nombre de musulmans en France et en Tunisie et la poussée de l'islamisme qui contraint les femmes à rentrer à leurs foyers, je ne peux qu'être d'accord avec votre réaction monsieur le député.
Mr Marzouki semble avoir mordu la main qui lui a longtemps été tendue, je trouve cela petit mesquin et surtout populiste.
Gageons que l'homme intègre que fut l'ancien réfugié Marzouki reprenne le dessus sur l'homme politique ordinaire qu'est devenu le nouveau président tunisien.
A ma connaissance, la réaction des tunisiens ne s'est pas faite attendre, Marzouki a reçu sa première volée de bois vert depuis, j'espère que ça lui servira de leçon, je vous invite d'ailleurs à visionner ses voeux adressés au peuple français via le site mediapart, des voeux où il a mis beaucoup d'eau dans son vin anti-colonialiste.
P.S: merci de ne plus reprocher aux tunisiens les dangers encourus par les chretiens de l'orient, nous y sommes pour rien. Voir dans le monde arabe un bloc monolythique est un vieux reflexe colonialiste vraiment réducteur.
Cordialement.
 
 
 
le 03.01.12 à 11h49, RM a répondu :
Monsieur Debré,
Je partage plusieurs de vos opinions exprimées dans cette lettre ouverte. J'ai été moi même, tunisien, choqué par les propos de M. Marzouki, que je considère nullement comme notre président de la République, mais comme une personnalité de passage, très rapide je l'espère, dans cette fonction. Non par sympathie ou par haine à l'égard de la France, je pense que M. Marzouki manque de respect à ce pays qui l'a accueilli, lui permis d'exercer sa profession, et de mener en toute liberté sa lutte contre le régime de Ben Ali. Ses déclarations sont d'autant plus choquantes qu'il a (si je ne m'abuse) épousé une française avec qui il a deux enfants, ce qui témoigne de son adaptation (pour ne pas dire son adoption) au pays qui lui a offert l'hospitalité.
Si sa communication dénote sa stratégie politique, qui voudrait le voir s'associer à long terme avec Ennahdha, comme en atteste son voyage effectué en Libye, j'aimerais néanmoins que vous considériez la Tunisie comme entité indépendante et ne pas l'assimiler aux autres pays arabes comme vous le faites dans votre lettre. En effet, depuis le début de la révolution, nous ne recensons aucun heurt d'ordre religieux. Si la population chrétienne de notre pays est très faible, aucune église n'a été brûlée et aucun tunisien de confession judaïque ennuyé, tout comme les synagogues préservées. En outre M. Marzouki a eu l'intelligence de recevoir récemment l'archevêque de Tunis à la veille de Noël pour lui exprimer en son nom et celui d'Ennahdha le respect de culte auquel nous sommes attachés.
Ce respect du culte, comme la modération de son peuple, sont des valeurs qui ont toujours prévalues en Tunisie, et il s'agit là d'une des principales caractéristiques de son histoire et qui l'éloigne d'autres pays arabes où l'on voit au quotidien un fossé se creuser au sein d'une population constituée de différentes confessions. La distinction se fait dans notre pays sur des critères économiques entre une frange aisée influencée par l'Occident, tandis que les strates les plus modestes le sont davantage par les pays arabes. C'est dans cette brèche que s'engouffre le discours populiste de M. Marzouki, comme le fera petit à petit Ennahdha lorsque la situation économique du pays rendra plus contestable sa légitimité aux yeux de ses électeurs.
Toujours est-il que même si certains d'entre nous partagent vos craintes de voir la Tunisie tomber vers un autre totalitarisme, il faut vous rappeler que notre pays a derrière lui une grande tradition de paix et de tolérance, qui a fait également de lui une terre d'asile pour les chrétiens, juifs et musulmans tout au long de son histoire, et qui l'éloigne des pays arabes où les exactions que vous citez se produisent régulièrement.
La Tunisie d'aujourd'hui n'est ni la Libye, ni l'Egypte, et encore moins la Syrie, et si sa population s'est adaptée à un nouveau contexte socio-économique, les Tunisiens resteront toujours des Tunisiens.
Si vous en doutez, venez nous rendre visite, nous seront toujours heureux de vous accueillir.
Cordialement
 
 
 
le 03.01.12 à 07h46, Mehdaoui a répondu :
Je suis totalement d'accord avec vous Pr. Debre sur le fond du message adresse a Dr. Marzouki. Qu'il surveille ses propos c'est indispensable oui. Qu'il donne priorite a des questions d'urgence est egalement un gage de son succes et qu'il se focalise aux affaires internes c'est aussi primordial pendant cette periode. cela n'empeche pas de pointer egalement le "rappel" par la France d'un fait historique qui fait couler beaucoup d'encre d'ailleurs qui est ce soit-disant "genocide armenien", alors qu'elle ne reconnaisse pas un fait peut etre plus reconnu, les masscres en Algerie , et c'est peut etre le truc qui a incite Dr Marzouki a evoquer le sujet du colonialisme, le fait de voter l'homicide armenien tres recemment par l'Assemble fracaise. Si les massacres en Algerie "sont un fait qui les francais d'aujourdh'ui ne peuvent pas faire des excuses pour un fait commis par ses grand-parents, il serait aussi, par la meme analogie, legitime pour les Turques d'aujourd'huiqui ne pas corriger ce qu'avaient commis leurs gran-parents! Et si l'histoire s'ecrit par des votes du parlement alors la la cours de l'histoire va certainement basculer...
 
 
 
le 02.01.12 à 10h56, Rafik Souidi a répondu :
Si les Musulmans étaient traités en France comme les Chrétiens le sont en Tunisie alors effectivement vos paroles auraient pu avoir du sens.A ma connaissance nul ne peut nier l'hospitalité Tunisienne en particulier envers ses résidents Francais qui vivent choyés dans notre pays.En revanche ce sont aux Tunisiens qui habitent en France qu'il faut poser la question d'un éventuel vécu d'Islamophobie et la réponse risque d'etre plus sévère et moins diplomatique que celle du Président Marzouki.
Il serait souhaitable de ne pas polémiquer sur des sujets aussi sensibles et le mieux serait de le rencontrer pour en discuter entre gens de bonne composition afin de conforter les liens entre les deux peuples en sortant définitivement des clichés et de la polarisation Laicité/Islamisme.Mr Marzouki vous expliquera que l'Islamisme n'est pas nécessairement Intégrisme et que la Liberté et la Démocratie peuvent très bien s'abreuver des valeurs de Solidarité,de Justice,de Probité,d'Ethique,de Vérité et de Tolérance que l'Islam et le Coran recèlent à foison.
 
 
 
le 02.01.12 à 09h48, Jkr a répondu :
Je comprends le propos. Certains des points évoqués par BD sont justifiés. Mais je trouve que tout le développement de la deuxième partie comporte des raccourcis et surtout un certain simplisme pour cause de méconnaissance de la complexité des situations. Les postures intellectuelles sont certes utiles, mais elles doivent être à une connaissance intime des réalités. Il y a un certain provincialisme de l'esprit malgré les qualités d'un homme libre penseur. Je voudrais qu'il prenne la peine d'aller faire une visite en Tunisie pour apprendre la complexité tunisienne.

 
 
 
le 02.01.12 à 09h27, avis d'un tunisien a répondu :
ce qui est bien dans la Tunisie d'aujourd'hui que tout ce que vous lui reprochez lui a été reproché par des Tunisiens et ça c'est une vraie révolution. en tout cas, en tant que Tunisien, je me joins à vous pour dénoncer ce genre de Populisme. je remercie aussi la France qui a permis à des gens comme Mr Marzouki de poursuivre leurs combats sur le territoire Français
 
 
 
le 02.01.12 à 07h40, f. marzougui a répondu :
M.Debré je salus en vous votre patriotisme; mais je tiens a vous dire que si la france cherche a voir la tunisie sans obscurantisme elle doit par ailleur soutenir les heritiers de l ecole des lumieres tunisienne qui ont fait une lecture coranique plus que laique voire meme scientifique....
 
 
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