Ce titre un peu ésotérique fait suite à la circulaire qui a été envoyée aux pharmaciens parisiens le 11 juillet 2012.
Certes, elle ne fait que traduire la loi de finances de 2007 pour 2008 ainsi que les autres lois de finances votées par l’ancienne majorité, il y a quelques années déjà, et le dispositif « tiers payant contre génériques ».
En effet, pour développer l’utilisation des médicaments dits « génériques » contre les médicaments dits « princeps », la loi puis les décrets d’application font obligation aux pharmaciens d’abord de proposer un générique puis ensuite de l’imposer quelle que soit la volonté médicale. Mais cette loi a été durcie ces derniers temps, jusqu’à l’apparition de cette circulaire du 11 juillet 2012.
Je voudrais insister sur les personnes qui bénéficient de l’aide médicale d’Etat. Nous en avons débattu à l’Assemblée nationale quand le gouvernement socialiste, poussé par le Premier ministre et le président de la République, a décidé de supprimer la franchise qui était due par les étrangers en situation irrégulière lorsqu’ils se faisaient soigner.
En effet, l’ancienne majorité avait institué, ce qui paraît tout à fait normal, une franchise que devaient payer les étrangers en situation irrégulière bénéficiaires de cette aide médicale d’Etat. Il en ressort maintenant qu’il vaut mieux être étranger en situation irrégulière qu’étranger en situation régulière ou même Français.
Les socialistes ont donc institué une médecine à deux vitesses, l’une payante, un peu, pour tous ceux qui sont en situation régulière ou bénéficiaires de la carte vitale, français ou étrangers. Et l’autre, totalement gratuite, pour les étrangers en situation irrégulière, bénéficiant de cette AME. Aucun argument n’est valable excepté la démagogie.
Mais cette circulaire, affichée dans toutes les pharmacies parisiennes, est très étonnante. En voici le texte :
« Tiers payant contre génériques : modalités d’application à Paris.
Le dispositif tiers payant contre génériques : prévu par la loi, il s’appliquera dorénavant de façon systématique.
Si le patient refuse le médicament générique, la délivrance du princeps ne permet pas la dispense d’avances de frais (article L182-16-7 du code de la sécurité sociale). Dans ce cas, le pharmacien fait payer l’assuré et établit une facture en paiement assuré. L’assuré sera remboursé par sa caisse d’Assurance maladie. »Cette première partie oblige déjà les patients à accepter les génériques même si les médecins prescrivent le médicament princeps. Ce devoir de substitution est acceptable pour la plupart des médicaments qui sont « génériqués ». Cette substitution est prévue depuis longtemps.
Cependant je souligne « la plupart » car plus loin, dans cette circulaire, certains médicaments, pourtant « génériqués », sont exclus de cette obligation.
Il faut savoir que dans certains cas, les génériques ne semblent pas aussi efficaces que les médicaments princeps. L’exemple du traitement des maladies thyroïdiennes est frappant. Lorsqu’existe une insuffisance de sécrétion de cette glande, le médecin prescrit une hormone thyroïdienne venant pallier son absence ou son insuffisance de sécrétion. C’est la L.THYROXINE vendue sous le nom de LEVOTHYROX, produite par le laboratoire Merck. Cette hormone est également vendue sous le nom générique de LEVOTHYROXINE qui semble moins efficace… Ce qui a été prouvé par des études scientifiques. Ce médicament, comme d’autres dont la liste est établie dans la circulaire, est donc exclu de l’obligation de substitution depuis quelques années.
Cependant, la plupart des médicaments « génériqués » ont la même efficacité que le princeps.
Quoi qu’il en soit, cette obligation de substitution par le pharmacien peut se concevoir. Elle a été décidée par les lois de finances antérieures. Cette substitution par des génériques est très classique dans tous les pays du monde, pouvant parfois atteindre 80 % des cas. Elle est néanmoins loin d’être obligatoire dans les autres pays surtout quand les médecins refusent le substitut.
Je reprends donc le texte de cette circulaire précisée le 11 juillet 2012 :
« Les assurés concernés et les exceptions
Tous les assurés, de tous les régimes, sont concernés. Le dispositif s’applique également aux bénéficiaires de la couverture médicale universelle complémentaire (article L162-16-7 du code de la sécurité sociale).
Les seuls cas d’exclusion du dispositif sont prévus par la loi (tiers payant légal) :
- Les victimes d’accidents du travail ou de maladie professionnelle.
- Les bénéficiaires de l’aide médicale d’Etat (AME) ».
Pourquoi de telles exceptions à Paris qui n’existent pas dans d’autres régions ? Est-ce à dire que certaines catégories de patients peuvent bénéficier d’un traitement plus sûr en étant traités par les médicaments princeps ?
Reprenons un autre exemple : lorsqu’un antibiotique comme l’Amoxicilline est prescrit, il peut l’être sous sa forme princeps, le Clamoxyl, ou sous sa forme générique, l’Amoxicilline. Il s’agit dans les deux cas d’une pénicilline de synthèse. Pourquoi les uns ne peuvent recevoir que le générique s’ils veulent bénéficier du tiers payant et les autres non ? Si les deux médicaments sont identiques, il y a là une incongruité.
En ce qui concerne les étrangers en situation irrégulière bénéficiant de l’aide médicale d’Etat et qui sont, je le souligne une nouvelle fois, totalement exonérés de toutes charges, contrairement aux autres qui ont tous un reste à payer, pourquoi donc peuvent-ils exiger le médicament princeps ?
Il faut savoir que dans de très nombreux cas, les génériques coûtent en moyenne de 30 à 40 % moins chers que le médicament princeps. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’ils sont conseillés et maintenant obligatoirement délivrés.
Pourquoi ? Parce que les bénéficiaires de l’AME l’ont exigé ?
Deux conséquences sautent aux yeux : la première est qu’ils vont coûter plus chers à la sécurité sociale puisqu’ils exigeront, et c’est un fait avéré, le médicament princeps au lieu du générique. Cette augmentation de coût pour la sécurité sociale est sans aucune raison valable puisque tous les autres assurés ont l’obligation de prendre des génériques s’ils veulent bénéficier du tiers payant.
La deuxième raison est plus dramatique car elle pourrait laisser penser que la sécurité sociale, et donc le ministère de la santé, est coupable d’avoir laissé se monter un trafic illégal. En effet, certains bénéficiaires de l’AME revendent dans leur pays d’origine les médicaments qu’ils obtiennent gratuitement en France. Ces médicaments étant mieux connus sous leur nom donné par les laboratoires (princeps) que par leur nom de générique.
Ces médicaments font partie d’un vaste trafic international qu’il n’est pas possible de quantifier, mais dont les services connaissent l’existence… D’ailleurs, la sécurité sociale diffuse périodiquement des alertes sur de fausses ordonnances permettant, pour la plupart du temps, aux titulaires de l’AME de se procurer ces médicaments ensuite revendus.
Le fait que cette circulaire soit arrivée le 11 juillet 2012 à Paris, témoigne d’un laxisme encore plus grand et encore plus inacceptable.
Pr. Bernard DEBREAncien Ministre
Député de Paris