L’axe franco-allemand est certainement le plus important en Europe. Angela Merkel, qui a été secouée par des défaites électorales récentes, n’en reste pas moins très populaire dans son pays. Les élections locales n’ont souvent en Allemagne pas la même résonance nationale que chez nous et restent strictement locales.
La réunion d'hier a porté sur l’euro zone. Que faut-il faire ? Mon sentiment a varié depuis ces derniers mois. Au tout début, la Grèce paraissait un champ de ruines, mais avec une possibilité de reconstruction si elle le voulait bien. Des centaines de milliards d’euros ont été déversés, pour l’instant en pure perte ! Que se passe-t-il donc ?
Il semblerait qu’aucun des gouvernements, aucun des gouvernants, aucun des hommes politiques n’ait le courage de faire les réformes nécessaires. Il n’y a toujours pas de cadastre. L’Église orthodoxe grecque possède des milliers d’hectares de terrains et de bâtiments exempts de toute imposition. L’économie au « noir » persiste et flambe.
Il n’y a donc aucun courage politique dans ce pays qui ne veut pas faire d’effort. Quand je parle de ce pays, je parle aussi des Grecs. Ils étaient très bien finalement dans l’anarchie la plus complète et lorsqu'une règle un peu contraignante les perturbent, ils se réfugient dans les bras des extrémistes.
Car là-bas, il s’agit de véritables extrémistes. Les néonazis, ouvertement fascistes, sont en train de gagner du terrain. L'extrême gauche ouvertement communiste et anarchiste en gagne également. Seuls les deux partis de gauche et de droite sont en train de mourir à petits feux n’ayant aucun courage ni l’un, ni l’autre.
Que vont décider Angela Merkel et François Hollande ? Faudra-t-il, comme le réclament certains, bouter la Grèce hors de l’euro ? Possible, mais cette séparation ne se fera pas sans douleur pour les Grecs, sans risque pour les Européens. En effet, il y a un risque de contamination non négligeable. Après tout, pourquoi faire des efforts pour rembourser sa dette ? Pourquoi faire des efforts pour avoir un budget en équilibre ? Or, les autres pays ont des structures bien différentes : structures économiques, démocratiques, industrielles, budgétaires. Leur chute entraînerait immanquablement une explosion européenne.
C’est ce que Nicolas Sarkozy a essayé d’empêcher pendant ces dernières années. Va-t-on aujourd’hui baisser les bras ? Je pense que les faits nous obligerons un jour à nous séparer de la Grèce. Il faut que cette séparation soit préparée, organisée, qu’un « cordon sanitaire économique » prévienne toute contamination. Ce sera une défaite, ce sera un risque, mais il est impossible d’aider un peuple contre sa volonté sauf s'il est mis sous tutelle économique, ce qui n’a jamais fonctionné.
François Hollande prend les rênes de la France. Aura-t-il les capacités et surtout l’expérience pour trouver les solutions ? L’idéologie, l’aspect un peu « bisounours » de l’idéologie socialiste, aiguillonnée par les anarcho-communistes de Mélenchon, risque de se trouver dans des difficultés rapides, venant plus rapidement qu’il ne le pensait.
A force de jouer avec les promesses ou les propositions intempestives, un jour, la réalité revient. Il est alors difficile de s'en sortir sans se renier.
Pr. Bernard DEBRÉ
Ancien Ministre
Député de Paris