La gauche, toute la gauche, devrait vraisemblablement obtenir la majorité absolue à l'Assemblée nationale au soir du second tour.
Cette majorité inclura donc Europe Ecologie les Verts et peut-être même ce qui reste du Front de gauche, c’est-à-dire quelques communistes qui traîneront ici et là. C’est dire si le Parti socialiste n’aura pas les mains libres. Les différentes composantes de la gauche, les partis associés au PS vont maintenant poser leurs exigences tant au niveau des budgets qu’au niveau des lois qu’ils vont voter ou proposer. C’est finalement l'un des pires scénarios pouvant être envisagés.
Mais ce premier tour des élections législatives a été marqué par un phénomène bien plus grave. Il s'agit de l’abstention. Abstention record depuis que les élections législatives existent. Les explications sont multiples. La première semble être le refus des Français de se déplacer pour donner un blanc-seing au Parti socialiste et à ses alliés. Le revers de la médaille, c’est qu’ils ont la même réaction vis-à-vis de la droite. L’UMP n’a pas fait de campagne nationale et n'a pas eu une parole forte. Peut-être était-elle trop préoccupée par les dissensions internes qui ont commencé à se manifester.
Reste le Front national. Il a fait un score relativement important, mais il y a finalement peu de triangulaires en raison de l’abstention (rappelons qu'il est nécessaire d'obtenir 12,5 % des inscrits pour pouvoir se maintenir au second tour). C’est une bonne chose.
Les socialistes, donneurs de leçons, vont-ils suivre les conseils qu’ils donnent et se désister en faveur de l’UMP ? Je n’en suis pas si sûr que cela. Car depuis un certain temps, on sait qu’il existe une morale de gauche républicaine et une morale de droite qui est loin de l’être même si les mots utilisés sont identiques. Ce que fait la droite est forcément mauvais, ce que fait la gauche est forcément bon ! Dans tous les cas, ces élections n’ont pas montré de vague rose. L’UMP a bien tenu. Il faut maintenant confirmer nos positions.
J’appelle au retrait des dissidents ou dissidentes. Ils représentent le poison de la droite, des ambitions personnelles inutiles et dangereuses au second tour.
Après ces élections, il faudra vraiment que nous nous réunissions pour refonder notre parti politique, revoir avec les uns et les autres les lignes de force que nous devons mettre en avant. Notre mouvement sera forcément très différent car son président n'est plus le président de la République contrairement à ce qui s'est passé depuis sa création en 2002 sous Jacques Chirac puis sous Nicolas Sarkozy. Nous aurons donc à élire un nouveau président, mais ce sera un autre épisode.
Pr. Bernard DEBRÉ
Ancien Ministre
Député de Paris