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Le Front national et la République
Divers | Ajouté le 02.05.2012 à 17H36
Je suis abasourdi par l’hypocrisie qui règne à droite et à gauche. Certes, je n’appartiens pas et n’appartiendrai jamais au Front national, mais François Hollande et Nicolas Sarkozy veulent tous les deux instaurer une dose de proportionnelle (15 % pour François Hollande, autrement dit, moins d'une centaine de députés). Il y aura donc mécaniquement une vingtaine de députés du Front national et donc, avec Nicolas Sarkozy comme avec François Hollande, une représentation de tous les partis.

La première remarque est qu'il est nécessaire que tous les partis soient représentés. Cela dit, cette attitude est un peu hypocrite puisqu'aucun de ces « petits partis » ne tirera véritablement bénéfice de la proportionnelle, les grands partis s’accaparant la majeure partie des députés élus de cette façon, les petits n’en ayant que des miettes.

La deuxième remarque est qu’aujourd’hui, on nous rabâche les oreilles avec les désistements éventuels, circonscription par circonscription, entre le Front national et l’UMP comme s'il était inconcevable et inconvenant que le Front national soit représenté à l’Assemblée nationale. Dans ces conditions, pourquoi mettre une dose de proportionnelle ? Peut-être les socialistes ont-ils peur de perdre un peu plus de sièges qu’ils n’en auraient octroyé aux petits partis ?

Tous ces débats sont d’une stupidité éclatante et l’on sait parfaitement bien que le Front national a été encouragé par François Mitterrand en 1986, lorsqu’il a lui-même instauré la proportionnelle intégrale pour tenter d’empêcher le RPR d’alors d’obtenir une majorité absolue à l'Assemblée nationale, tant sa politique était décriée, mais aussi pour masquer ses turpitudes avec le Parti communiste.

Aujourd’hui, l’instrumentalisation du Front national est faite exactement de la même façon par François Hollande pour cacher ses turpitudes avec les Verts qui ne représentent que 2,3 % et l’extrême gauche communiste de Monsieur Mélenchon. Il est tellement plus facile d’aller désigner un adversaire en dehors de son propre camp que de se regarder soi-même.

Je ne plaide absolument pas pour ces accords ou une fusion, une entente, peu importe, avec le Front national. Je dénonce simplement l’hypocrisie tant à droite qu’à gauche qui viserait à stigmatiser 6,4 millions électeurs.

Je ne suis pas Front national. Je ne passerai aucun accord avec lui et ses thèses économiques sont aberrantes. La sortie de l’euro et tout ce qui s’en suivrait serait dramatique. Il y a aussi des outrances idéologiques. Bref, le Front national n’est pas ma « tasse de thé », mais je suis abasourdi de voir que d’un côté, les socialistes dénoncent à l’avance des accords de deuxième tour aux législatives prochaines, oubliant le second tour de la présidentielle (mais cette sémantique n’est pas anodine) et d’un autre côté, proposent la proportionnelle pour faire entrer ce parti qu’ils stigmatisent, vilipendent, à l'Assemblée nationale.

Ah ! C’est vrai, j’oubliais, cette proportionnelle sert aussi à faire entrer des communistes, l’extrême gauche et peut-être les Verts à l'Assemblée nationale, bien qu'il semble qu’avec ces derniers, des accords aient déjà été passés pour leur offrir des postes, des sièges et des avantages.

Pour les socialistes, la République se dépèce comme une viande grasse que l’on a mise à cuire pour le grand festin ! C’est donc pour mettre un voile d’obscurité sur leur cuisine honteuse qu’ils pointent du doigt le Front national, mais cela ne trompe personne !


Pr. Bernard DEBRÉ

Ancien Ministre
Député de Paris

 
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