Je trouve le procédé de Marine Le Pen visant à établir des listes pour livrer à la « vindicte populaire » celles et ceux qu’il faut battre indécent.
Ces listes rappellent singulièrement d’autres listes qui ont été établies pendant la dernière guerre. Je ne partage pas les valeurs des dirigeants du Front national. Je les ai toujours combattus et je les combattrai encore.
Je ne dirais pas la même chose sur les électeurs et les électrices qui, pour beaucoup, témoignent d’une angoisse qu’il est nécessaire de prendre en compte. Entre les deux tours de la présidentielle, François Hollande ne s’y est d'ailleurs pas trompé puisqu’il s’est adressé à ces électeurs.
Il est naturel que nos candidats, sans perdre leur âme et sans oublier nos valeurs, puissent aborder des sujets fondamentaux qui structurent un pays : l’immigration, la justice, la sécurité, l’école.
Il n’est pas question de laisser ces thèmes au Front national. Ce sont des thèmes fondamentaux qui, souvent, n’ont pas été bien abordés parce que la gauche en interdisait l’accès. Il ne faut pas avoir peur d’en parler. C’est le silence qui permet à la voix de Marine Le Pen de se faire entendre.
Cette gauche « morale », moralisatrice, ne voit pas d’inconvénient à s’associer au Front de gauche souvent antisémite, souvent révolutionnaire, toujours excessif qui est loin, très loin, de représenter toutes les valeurs de la République.
Je ne suis pas pour que l'on favorise l’élection d’un membre du Front national, c’est évident. C’est peut-être moins évident pour la gauche qui va instiller une dose de proportionnelle et va faire siéger le Front national et le Front de gauche à l’Assemblée nationale au motif qu’il faut bien entendu que tout le monde y soit représenté.
Je ne suis favorable ni au désistement ni au front républicain, mais je m’interroge quand même sur la profondeur morale de notre gauche.
Pr. Bernard DEBRÉ
Ancien Ministre
Député de Paris