Il faut remettre en perspective l’intervention française en Afghanistan. Certains ont déjà oublié l’attentat monstrueux des tours jumelles aux Etats-Unis en septembre 2001, ces deux avions de ligne détournés par des djihadistes qui ont été lancés contre les tours faisant des milliers de morts. On oublie également les deux autres avions qui ont été détournés et qui se sont écrasés, l'un sur le Pentagone à Washington et l'autre en Pennsylvanie. Des milliers de morts. Le cerveau de ses attentats odieux était Ben Laden, mais il n’était pas seul. Toute une mouvance terroriste, salafiste, d’un islam extrémiste et intolérant apparaissait en pleine lumière.
Certes, auparavant, il y avait bien eu plusieurs attentats meurtriers. Mais il s’agissait là, en septembre 2001, d’un acte de guerre. Il fallait y répondre par la guerre. Une coalition s’est formée à laquelle la France a décidé de participer. C’était un gouvernement socialiste, de cohabitation (Chirac Président / Jospin Premier ministre) qui a décidé d’envoyer des troupes.
Je suis allé à Kaboul quelques semaines après leur arrivée. Les montagnes et les grottes de Tora Bora étaient encore bombardées. J’y ai rencontré des Afghans et des Afghanes. J’ai opéré à l’hôpital pour apporter mon écho, mon soutien, ma bonne volonté, non pas aux blessés, mais aux malades car dans une guerre, ces derniers sont souvent oubliés, les médecins étant débordés par l’afflux de blessés plus ou moins graves.
J’ai vu à l’époque la joie des femmes qui se sentaient libérées, l’espoir des hommes qui se sentaient eux aussi parvenir à la démocratie. L’ambiance était plutôt euphorique même si une source d’angoisse était perceptible concernant l’avenir.
Le Pakistan autour était vindicatif, mal gouverné, avec des services secrets totalement infiltrés par des talibans. Les frontières poreuses et surtout les chefs de guerre sans foi ni loi continuaient à faire régner la terreur dans le Nord de l’Afghanistan.
Il était nécessaire, évident que les forces de la coalition auraient fort à faire. Souvenons-nous que quelques années auparavant, l’immense armada russe avait été mise en échec par les « rebelles » afghans.
Onze ans se sont écoulés depuis le début de l’intervention. Combien de morts, de blessés ? Pour quel résultat ? Ne soyons pas outrageusement pessimistes, certaines vallées ont été pour l’instant pacifiées, mais le gouvernement d’Hamid Karzai n’est ni démocratique, ni honnête. Les trafics ont repris depuis longtemps. Ce gouvernement n’a pas entraîné une adhésion populaire tant s’en faut. Les frontières toujours poreuses avec le Pakistan permettent là aussi non seulement des trafics de marchandises, de voitures, d’opium, mais aussi l’allée et venue de terroristes qui vont se reposer au Pakistan après avoir attaqué leurs concitoyens.
Il faut partir, il est vrai, car la guerre a trop duré et elle doit prendre un autre aspect : satellites, drones d’observation et d’attaque, surveillance des communications. Cela devrait suffire à entraîner non pas la paix en Afghanistan, mais surtout la prévention des attaques extérieures d’Al-Qaïda. Nous ne sommes plus au temps où il fallait des milliers, des centaines de milliers de soldats, qui parfois perdaient leur vie, pour maintenir l’ordre. L’électronique s’est sophistiquée à un point tel qu’elle peut nous permettre de savoir, de prévoir, et de prévenir.
Cette Asie centrale n’a jamais été pacifiée. L’Afghanistan a toujours été un pays rebelle et dangereux comme l’a été également une partie du Pakistan. L’intégrisme musulman, violent, déshumanisé, sanglant, persistera tant que les musulmans eux-mêmes ne feront pas des efforts pour écarter ces terroristes. Al-Qaïda a été décapitée par la mort de Ben Laden et de la plupart de ses lieutenants, mais cette firme sanguinaire a essaimé, a franchisé des enseignes à son nom. Al-Qaïda au Maghreb islamique en est l’exemple.
Ce bouillonnement sanguinaire et terroriste va perdurer longtemps. Il fallait donc partir. Nicolas Sarkozy l’avait prévu, négocié. Mais, par démagogie, François Hollande a voulu accélérer ce départ de quelques mois seulement. Démagogie qui n’est pas très digne, mais qui est populaire. La guerre est-elle populaire ? Bien sûr que non.
Ces 4 soldats tués montrent l’horreur de ces guerres. Rendons néanmoins hommage à nos soldats. Ils ont, pour certains, payé de leur vie cet engagement de la France. Il faut bien que les familles comprennent dans leur douleur que c’était un engagement important pour la paix dans le monde, que le retrait des troupes françaises qui s’effectuera à la fin de l’année jusqu’à la fin de l’année 2013 est nécessaire, mais qu’il se fait dans l’honneur et que le résultat de ces interventions aura vraisemblablement permis qu’il n’y ait plus de 11 septembre 2001, qu’il y ait moins d’attentats dans le monde même s'il en existe encore et même si cette guerre contre l’islamisme dévoyé et terroriste, n’est pas terminée. Rendons donc hommage à nos soldats.
Pr. Bernard DEBRÉ
Ancien Ministre
Député de Paris