Il s’agit bien entendu de politique fiction, mais est-ce tellement de la fiction ?
La zone euro est en crise depuis quelques années. Les pays du Sud (la Grèce, le Portugal, l’Espagne, l’Italie, la France) sont en pleine récession, c’est le moins que l’on puisse dire et beaucoup ne font pas tous les efforts nécessaires pour s’en sortir.
Voici qu’ils demandent à l’Allemagne de mutualiser leurs dettes : « payez pour nous », telle est la signification des eurobonds. Quant aux autres efforts, on verra plus tard.
En France, les socialistes arrivés au pouvoir font l’exact contraire de ce qu’imposerait l’Etat du pays : le retour de la retraite à 60 ans pour certains, l’acharnement du gouvernement contre les entreprises, l’augmentation des taxes et des impôts, l’embauche de fonctionnaires. Bref, ce qu’avait prévu François Hollande dans son programme. Il faut reconnaître que là-dessus, le Président Hollande est en accord avec le candidat. Reconnaissons également que nous avions dénoncé ce programme avec force sans être entendu. Dans les autres pays du sud, la tentation dépensière est moindre (sauf en Grèce), mais la rigueur ne passe pas auprès des peuples.
François Hollande a beau crier « croissance, croissance » pour s’attirer les acclamations du peuple de gauche et, plus souvent, des Français naïfs, rien n’y fait. Les entreprises ferment, le chômage va augmenter, les comptes s’enfoncent dans le rouge d’autant plus vite que la confiance s’en est allée rapidement. Les réformes structurelles ne sont pas envisagées car elles sont impopulaires. Le choix des socialistes est celui de la démagogie à court terme : c’était prévu.
L’Allemagne, qui a fait des efforts il y a plus de 10 ans, n’acceptera pas longtemps la politique laxiste et médiocre de beaucoup de pays du Sud du continent, en particulier le nôtre. La Chancelière allemande l’a affirmé récemment. Le sommet européen qui vient de se terminer a, comme d’habitude, fait semblant de parler d’apaisement, de victoire, de relance. La réalité est toute autre et tenace.
Et si l’Allemagne, fatiguée d’aider ceux qui n’ont pas fait d’efforts, quittait l’euro ? Les observateurs avisés, qui souvent se trompent, prévoient depuis longtemps que la Grèce, épuisée, sortirait ou sortira de la zone euro, suivie par d’autres pays du Sud. Mais aucun n’a envisagé que l’Allemagne puisse un jour en avoir assez et se repose sur son économie, son commerce extérieur et le travail acharné de ses concitoyens. Bref, de son sérieux. Elle pourrait aller seule dans la mondialisation, affronter les grandes puissances exportatrices. Peut-être même fera-t-elle une zone mark avec certains pays du Nord, ceux qui sont sérieux.
L’Europe volerait en éclats avec un euro dévalorisé. Je l’ai souvent dit, nous vivons une guerre économique. Elle demande de la compétitivité, de l’effort, de la clairvoyance, valeurs qui manquent aux socialistes depuis toujours. Dans l’instant, le mark sera réévalué. C’est le seul obstacle car les exportations allemandes en Europe seraient plus difficiles, mais d’autres débouchés seraient possibles : l’Europe de l’Est non communautaire, d’autres pays émergents.
L’Europe traumatisée se disloquerait progressivement. La France sombrerait pour de multiples raisons comme la fuite des capitaux, des « cerveaux » et même des entreprises. Ce serait alors l’apparition de troubles sociaux et de manifestations graves avec à leur tête Mélenchon d’un côté, Marine Le Pen de l’autre. Belles perspectives en vérité !
Cette fiction n’est pas tellement impossible tant s’en faut. Déjà, l’entente franco-allemande est très atteinte et il n’y a pas de substitution possible par une entente franco-italienne ou espagnole. L’histoire est en train de s’écrire sous nos yeux. Elle est triste car la France socialiste, au lieu de rester arrimée à l’Europe pour éviter une catastrophe, a changé de camp par facilité et par démagogie. Elle va peut-être pousser Merkel à quitter l’Europe.
Certes, un répit a été obtenu, il y a quelques jours. Les banques pourront être aidées directement par l’Europe et ses fonds structurels, mais les fonds viennent des pays eux-mêmes et ne sont pas inépuisables. Ce mécanisme est associé aux exigences d’une réforme structurelle et d’une supra nationalité économique progressive.
Il ne s’agit pas non plus d’un répit complet car François Hollande ne veut pas accepter semble-t-il la « règle d’or » à moins qu’à la dernière minute, il ne change d’avis. Il va dans ce domaine être bien seul !
Quant à la relance, elle est en trompe-l’œil. Les 120 milliards d’euros sont en réalité, pour plus de la moitié, issus des fonds non utilisés ou d’autres mécanismes déjà existants.
Toutes ces actions, je le dis une nouvelle fois, ne tiennent que si la France fait des efforts particuliers pour assurer la compétitivité des entreprises, seule manière d’éviter leur fermeture et leur délocalisation. Nous faisons malheureusement le chemin inverse.
Dans quelques mois, l’Allemagne, fatiguée d’aider et d’être mise à contribution, pourrait sortir de notre zone euro, laissant les autres pays se débrouiller. Ce serait la fin de l’Europe et le début des catastrophes.
Pr. Bernard DEBRE
Ancien Ministre
Député de Paris