Il est une mode qui se répand aujourd’hui, celle de parler des valeurs. Personne d’ailleurs n’a pour l’instant défini ces valeurs hormis la démocratie, les droits de l’homme ou le respect, mais il en est d’autres qu’il serait bon de définir à nouveau. Depuis si longtemps, la droite, l’extrême droite, la gauche, l’extrême gauche s’envoient des mots « à la figure » sans en définir le sens, mais le mot envoyé à valeur de condamnation.
Prenons l’immigration. L’extrême gauche et la gauche nous envoient à nous, la droite, ce mot comme elle enverrait un anathème violent. Mais en fait que veut dire ce mot ? D’abord une réalité, l’immigration existe. Ensuite, viennent des définitions et des prises de position. L’immigration peut provenir du Sud, du Maghreb, du Machrek, de l’Afrique noire. Elle peut provenir aussi de l’Est, en particulier de Roumanie, de Bulgarie. Elle peut être enfin intra européenne (la Roumanie n’intègrera l’espace Schengen qu’en 2013). Il serait absurde d’imaginer que toutes ces immigrations sont identiques et posent les mêmes problèmes. Est-ce épouvantable que de dire et de reconnaître ces faits ?
Deuxièmement, y-a-t-il en France un problème d’immigration ou peut-on laisser un pays sans règle migratoire ? Bien sûr que non et aucun parti de droite ou de gauche, sauf peut-être l’extrême gauche, n’imagine que la France serait simplement une terre sans histoire, sans racine, sans identité, libre et ouverte à tout vent, où l’on pourrait venir s’installer, vivre, transportant à la semelle de ses chaussures l’histoire de son pays d’origine.
Cette vision, qui est, je le rappelle, celle de l’extrême gauche, est stupide pour plusieurs raisons. D’abord, ce n’est pas la réalité. Il existe en France des identités nationales qui, réunies les unes aux autres par l’histoire commune, ont créé la France, la créent tous les jours et la créeront. Cette cohésion est d’ailleurs souvent fragile. Il existe des mouvements indépendantistes corses, basques ou bretons. Il existe donc, au sein même de la communauté nationale, des forces centrifuges accentuées d’ailleurs par la volonté de certains de parler un dialecte régional qui viendrait concurrencer la langue française.
Dans tous les pays existe une histoire, un présent et une volonté commune de construire l’avenir. Une trop grande immigration briserait ces identités et cette volonté commune. Il est donc nécessaire d’avoir une politique migratoire raisonnable et ce n’est pas faire allégeance ni à la gauche ni à l’extrême droite que d’en parler.
La refondation de l’UMP doit donc définir ce mot d’immigration. Elle doit définir aussi le mot justice, qu’il s’agisse de la justice pénale ou de la justice fiscale. Nous avons, depuis un certain nombre d’années, multiplié les lois, les règlements et les décrets ce qui rend notre justice incompréhensible.
Mais là aussi, il y a des décisions à prendre pour la définition de ces mots, comme pour celui de la solidarité : solidarité intergénérationnelle, solidarité horizontale également, solidarité sociale. Toutes ces solidarités doivent être définies. C’est dire qu’il faut revoir la Sécurité sociale, la délivrance des soins, etc. Peut-on tout faire et demander une générosité sans frein qui, à la fin, finirait par tuer notre système ? Il faut y réfléchir, prendre des positions humaines, humanistes et je dirai même gaulliennes.
Tant de mots à définir : l’Europe ou les politiques étrangères. Ces mots ont été « taxidermisés » de telle sorte qu’ils ne vivent plus, ne sont plus compris par les uns ou par les autres, servent de projectiles sans que personne ne puisse les définir. L’UMP, qui a eu ces derniers temps tant et tant de défaites, doit se rénover par la définition même de ces mots qui constitueront une doctrine.
Il sera possible alors de choisir entre les personnes porteuses de ces multiples définitions qui pourront être différentes avec l’une ou avec l’autre. C’est là que nous pourrons choisir en toute sérénité la ligne directrice du mouvement, celui qui s’en rapprochera ou qui en sera le porteur.
Arrêtons donc de nous battre sur des mots creux qui ne sont toujours pas définis parce que nous faisons le jeu des socialistes qui nous entraînent en permanence dans un piège. Le piège ? Il a été tendu par François Mitterrand en 1986 lorsqu’il a poussé, suggéré et accepté le Front national de Jean-Marie Le Pen. N’oublions jamais que ces deux hommes se connaissaient depuis longtemps. La proportionnelle de 1986, l’arrivée de 37 députés du Front national puis, tout de suite après, l’anathème jeté à juste titre sur ce parti. Le piège était tendu, nous avons été naïfs en nous y jetant.
Depuis cette date, la gauche nous demande de nous déterminer par rapport à ce parti. Nous avons d’abord à nous déterminer vis-à-vis de nous-mêmes. Quelles sont nos définitions des mots multiples qui constituent la politique ? Ces définitions constitueront nos valeurs et nous nous battrons pour ces valeurs qui, enfin, prendront une image, une réalité palpable. Nous n’aurons plus besoin, nous n’aurons pas besoin de faire des alliances ou d’aller faire du racolage. Soyons donc nous-mêmes, mais définissons ce que nous-mêmes veut dire.
Pr. Bernard DEBRE
Ancien Ministre
Député de Paris