Le Premier Ministre
Paris, le 9 mai 2012
Monsieur le Ministre,
A l'heure où s'achève ce mandat présidentiel, je veux partager avec vous le bilan de notre action pour la France, à laquelle vous avez contribué avec tant de dévouement et de courage.
Je veux souligner que la promesse faite en 2007 de mettre notre nation en mouvement a été tenue. Face à la concurrence internationale plus avisée que jamais et face à une crise économique et financière sans équivalent, nous n'avions pas le droit de renoncer à l'ambition de maintenir haut le rang de la France. Notre cher et vieux pays est confronté brutalement au réveil de la Chine et d'autres émergents. Il subit le poids de ses conservatismes et de ses peurs. Il se crispe sur des acquis sociaux. Et finalement il laisse s'étioler sa vitalité industrielle et, à force de dettes, son indépendance.
Les symptômes du mal sont anciens. La crise est aiguë. A force de solidarité européenne et de volonté nationale, le Président de la République aura montré que nous pouvons surmonter ces défis. Nous avons conscience que les solutions proposées ne sont pas faciles à comprendre. Pourtant il faudra supporter la vérité pour s'en sortir. Et cela sera long. Mais j'ai la conviction que nous n'aurons pas beaucoup le temps de l'illusion.
Ce qui a été fait de 2007 à 2012 amorce le virage nécessaire : ensemble, nous avons conjuré les 35 heures avec la défiscalisation des heures supplémentaires, modernisé notre droit du travail avec les ruptures conventionnelles, favorisé le dialogue social dans l'entreprise, instauré le service minimum.
Ensemble, nous avons développé la compétitivité et encouragé la création de richesses avec la TVA anti délocalisation, la réforme de la taxe professionnelle, la baisse du coût du travail, la réforme de l'auto-entrepreneur, le crédit impôt recherche, les investissements d'avenir, le Fonds stratégique d'investissement.
Ensemble, nous avons transformé nos universités et revu en profondeur notre politique de développement durable avec la grenelle de l'environnement.
Tout cela prépare la France à demain, dans un monde qui bouscule les rentiers.
Nous n'avons pas pour autant pris le risque de déchirer le tissu social ou d'exacerber les tensions : nous avons au contraire créé le RSA et développé l'égalité des chances avec l'accompagnement éducatif. Nous avons conforté notre système de protection sociale tout en infléchissant la courbe d'évolution des dépenses, notamment grâce à la réforme des retraites.
Sur le plan constitutionnel, trois réformes essentielles ont vu le jour : la révision de la Constitution, la réforme de la garde à vue et celle des collectivités territoriales.
Et dans le domaine international, la simple prononciation des mots Géorgie, Lybie, Côte d'Ivoire, Afghanistan, Iran illustre ces années si riches en évènements et la place tenue par la France et le Président de la République sur la scène internationale.
Tout cela s'est déroulé dans un contexte de crise, alors que les banques puis l'euro lui-même ont côtoyé le précipice. Il est sans doute normal que les Français n'aient pas mesuré avec quelle vigueur le gouvernement a conjuré les risques encourus. Sans doute l'ont-ils perçu lors de la présidence de l'UE ou du G20. Mais le souvenir s'en est trop vite perdu. Je me prends à regretter de n'avoir pas catalysé dans la durée avec vous tous une prise de conscience suffisante des enjeux pour garantir la poursuite du redressement entrepris.
Désormais, la priorité est de nous mobiliser totalement pour les législatives.
La victoire de François Hollande ne constitue pas un passeport pour promettre l'impossible, en oubliant la crise, la dette et la compétition mondiale. La France vit des temps difficiles, que l'élection présidentielle n'a pas modifiés, et nous devons lui être utiles, par nos valeurs, par notre courage, par notre lucidité. Aucune illusion ne peut dissimuler l'ampleur des transformations du monde. Aucune illusion n'amortira le choc qui atteint notre modèle économique et social. La France doit affronter la vérité ! Et pour cela, la France a besoin d'une droite et d'un centre forts et responsables.
N'ayons pas de complexes. Nous avons perdu la présidentielle, mais la bataille des législatives n'est pas gagnée pour la gauche ! Je persiste à penser que le pays n'est pas traversé par une vague rose. Plus de 48 % des électeurs ont voté pour Nicolas Sarkozy malgré l'acharnement de tous ses adversaires.
Pour aller à la bataille, nous avons trois devoirs.
Le premier devoir est de rester solide et dignes. Ce qui signifie que l'heure n'est pas aux amertumes et à je ne sais quel inventaire.
Le second devoir, c'est le rassemblement de l'UMP. S'il y a bien un moment où les gaullistes, les libéraux, les radicaux, les centristes, et toutes nos sensibilités, doivent s'unir, c'est bien maintenant. Ne donnons pas le sentiment aux Français que nous sommes en train de nous occuper de nous, alors qu'il faut s'occuper d'eux ! Je serai unitaire partout et pour tous, et je m'engagerai avec vous de toutes mes forces.
Enfin, notre troisième devoir est de se battre sur nos convictions politiques. Pour ces législatives, il faut une ligne politique qui rappelle nos valeurs, nos propositions, et il ne faut pas en dévier. C'est ce que nous sommes en train de faire au sein de l'UMP, dans l'unité et dans la détermination.
Le Général de Gaulle disait le 28 décembre 1958 lors de ses vœux au Français : « Sans l'effort de remise en ordre, avec les sacrifices qu'il requiert et les espoirs qu'il comporte, nous resterons un pays à la traîne, oscillant perpétuellement entre le drame et la médiocrité ».
Je tiens à vous remercier encore pour la fidélité, la solidarité et le courage dont vous avez fait preuve tant au cours de ces cinq années qu'à l'occasion de la campagne présidentielle. Je sais pouvoir compter sur votre détermination, comme vous pouvez compter sur mon engagement à vos côtés.
Je vous prie d'agréer, Monsieur le Ministre, l'expression de mes sentiments les meilleurs.
François FILLON